Pressespiegel Frankreich 25.03.02

 
 

AFP 25.03.2002

Madagascar: les fonctionnaires retournent au travail

ANTANANARIVO (AFP) - Les fonctionnaires malgaches ont massivement repris le travail lundi à Antananarivo après deux mois d'une grève générale de soutien au "président autoproclamé" Marc Ravalomanana, mais l'activité des administrations peine à redémarrer, suspendue au règlement de la crise politique.
Cette reprise du travail, plusieurs semaines après celle des salariés du privé, était considérée comme un test important pour mesurer le pouvoir de M. Ravalomanana, qui avait "décrété" la fin de la grève générale vendredi soir.
La présentation mardi, en session extraordinaire de l'Assemblée nationale, du programme de politique générale de son "Premier ministre", Jacques Sylla, constitue un autre test. Mais elle a déjà enregistré un contretemps: elle ne sera plus suivie, comme prévu, d'un vote de confiance qui aurait logiquement dû se solder par une victoire.
Très tôt, lundi, les fonctionnaires se sont rendus au travail, cheminant longuement à pied pour la plupart, en raison de la pénurie de carburants provoquée par les barrages dressés en province par le camp du président sortant Didier Ratsiraka afin d'asphyxier la capitale.
Au ministère des Finances et du Budget, escaliers et couloirs étaient bondés de fonctionnaires qui discutaient, assez désoeuvrés, comme dans cinq autres ministères visités. "Les gens peuvent et veulent reprendre le travail mais ce n'est pas encore possible pleinement, il y a encore des blocages", a déclaré à l'AFP Benjamin Radavidson, directeur de cabinet du "ministre des Finances" de M. Ravalomanana.
"Tout le monde est là mais, faute de travail, nous assurons un service minimum élargi, de 08h00 à 15h00, et le travail recommence timidement", a expliqué une contrôleuse de guichet à la grande Poste centrale, qui rouvrait ses guichets après deux mois de grève. "Les gens laissent les problèmes politiques derrière la porte quand ils entrent, et l'ambiance est bonne", a-t-elle ajouté, soulignant qu'aucun cadre administratif n'avait été "viré".
Un collaborateur de M. Ravalomanana a confirmé que M. Sylla présenterait bien mardi son programme. Mais "le vote de confiance pour le gouvernement n'aura pas lieu mardi", a annoncé le "président par intérim" de l'Assemblée nationale, Auguste Paraina, qui avait convoqué l'Assemblée en session extraordinaire. Il a invoqué "des menaces à l'encontre des députés de l'AREMA (Avant-Garde du Renouveau Malgache, parti de M. Ratsiraka) qui empêcheront nombre d'entre eux de se rendre à l'Assemblée".
M. Paraina, transfuge de l'AREMA, a été désigné "président par intérim" par un collectif d'une soixantaine de députés pro-Ravalomanana.
Lundi à l'aube, quelque 200 militaires armés ont tenté de s'approcher de l'Assemblée nationale, le Palais de Tsimbazaza, mais ont été dissuadés d'aller plus loin par la présence de nombreux partisans de M. Ravalomanana, qui ont dressé de nombreux barrages aux alentours du bâtiment, selon des témoignages indépendants recueillis sur place.
"La foule va garder l'Assemblée toute la nuit, la session aura bien lieu demain", a assuré à l'AFP le général Ferdinand Razakarimanana, président de la Délégation de la Province (PDS) d'Antananarivo, l'un des hauts fonctionnaires nommés par M. Ravalomanana pour remplacer les gouverneurs, "ratsirakistes", des six provinces de l'île.
Le vote de confiance, à l'Assemblée, aurait été facilement gagné à la majorité absolue par le "gouvernement" Ravalomanana, a-t-on assuré de sources concordantes, politiques et diplomatiques. Une soixantaine de députés soutiennent le maire d'Antananarivo depuis son autoproclamation le 22 février, et nombre d'autres ont déjà annoncé qu'ils voteraient en sa faveur, dont certains de l'AREMA. La majorité est fixée à 76 voix, sur un total de 150 députés.


 

AFP 25.03.2002

Madagascar: journée cruciale pour Ravalomanana

ANTANANARIVO (AFP) - L'heure de vérité doit sonner ce lundi pour le "président autoproclamé" Marc Ravalomanana, qui testera son pouvoir réel à Madagascar en tentant de remettre en marche une administration paralysée à Antananarivo par deux mois d'une grève générale à laquelle il vient de renoncer.
Cette journée cruciale préludera à un vote de confiance à l'Assemblée nationale pour "son" gouvernement, mardi et mercredi. Ravalomanana, maire d'Antananarivo, qui affirme que son nouveau pouvoir est "légitime", utilisera ce vote, qui semble acquis d'avance, pour lui donner un peu de cette "légalité" qui lui manque, estiment les milieux diplomatiques. Le nouveau "président par intérim" de l'Assemblée, un ancien "Ratsirakiste" rallié à M. Ravalomanana, a convoqué une session extraordinaire, pour le discours de politique générale de Jacques Sylla, le "Premier ministre" du maire d'Antananarivo, suivi d'un vote de confiance.
Ravalomanana peut déjà compter sur une soixantaine de députés qui le suivent depuis son auto-proclamation, le 22 février. Il est aussi pratiquement acquis qu'ils seront ralliés par une partie du "marais" de députés pas tout à fait "ratsirakistes", la majorité absolue étant fixée à 76 voix (150 députés). "Pour beaucoup, il les ralliera en les débauchant avec de l'argent, comme l'a fait auparavant M. Ratsiraka, c'est une constante", précise un diplamate. Le président sortant, avec 60 députés de son parti, l'Avant-Garde du Renouveau de Madagascar (Arema), n'a pas la majorité absolue dans la chambre élue en mai 1998. "Nombre de parlementaires monnayaient leur allégeance", explique l'expert malgache.
Une majorité parlementaire en faveur de M. Ravalomanana attiserait encore un peu plus la dualité du pouvoir à Madagascar entre président sortant et "président autoproclamé", et aggraverait la confusion, dans le pays et à l'international.
M. Ratsiraka, ses ministres et ses hauts fonctionnaires les plus fidèles sont toujours retranchés dans leur fief de Toamasina, ex-Tamatave, le grand port de la côte est, à 360 km d'Antananarivo, d'où ils organisent, à renfort de barrages routiers, le blocus économique qui asphyxie peu à peu la capitale. A Antananarivo, Ravalomanana tente d'organiser la "remise en marche de la machine administrative", obsession de tous ses conseillers, après avoir annoncé vendredi soir la fin de la grève générale qu'il avait lancée le 28 janvier. En fait, le secteur privé avait repris le travail depuis plusieurs semaines, mais l'administration était quasiment inopérante. Depuis une semaine, les fonctionnaires viennent au bureau, mais pour multiplier réunions et assemblées générales, essentiellement pour désigner leurs futurs chefs de service, en remplacement des anciens pro-Ratsiraka.
Le gouvernement Sylla avait tenu à conserver une très grande partie des cadres, au moins subalternes, pour ne pas enrayer totalement la machine, et avait juré qu'il n'y aurait pas de chasse aux sorcières. "Mais Ravalomanana ne les contrôle plus et ils s'organisent en soviets pour virer ceux qui ne leur plaisent pas", affirme Gérard Andrialemirovason, directeur général de la présidence et proche conseiller de M. Ratsiraka."Si les ministres de Sylla avalisent cela, ce sera un fâcheux précédent et une belle pagaille", prédit un diplomate.


 

Radio France International, 25.03.2002

Difficile reprise de travail

Marc Ravalomanana annonce la fin officielle de la grève générale dans la fonction publique, qu'il avait lancée le 28 janvier dernier. Mais la reprise du travail est timide. A l'image de ce qui se passe au sommet de l'Etat, les travailleurs sont aussi confrontés à une certaine anarchie.
Qui commande ? A qui obéir ? Ce sont là les deux grandes interrogations qui restent encore sans réponses précises à Madagascar, du moins à Antananarivo. Devant la paralysie de la fonction publique et face à l'installation d'un pouvoir parallèle, "sorti des urnes", le pouvoir sortant de Didier Ratsiraka a élu domicile à Toamasina, ex-Tamatave, et organisé le blocus de la capitale avec la bienveillance des gouverneurs de province. De fait, la grève largement suivie dans la capitale n'avait plus de sens. Ravalomanana contrôle le pouvoir et tout l'appareil de l'Etat à Antananarivo. Maintenir la grève serait donc agir contre soi. Cette analyse faite, Marc Ravalomanana a repris l'initiative à la télévision nationale en sonnant la fin de la grève. "Notre premier but est de remettre les gens au travail et de faire repartir la machine économique" a-t-il déclaré.

La place du 13 mai, habituellement très animée, était vide de monde le 25 mars. Mais les Tananariviens, encore dubitatifs, y font encore un tour, histoire de s'assurer que personne n'y est plus vraiment. Une certaine nostalgie était perceptible dans l'attitude des curieux, tentés de s'arrêter pour discuter, raconter et prendre les "dernières nouvelles du front". Pendant deux mois cette grève a créé des liens dans une ambiance quelques fois festive et donné aux manifestants une certaine idée de leur force. Les pancartes déployées sur la place du 13 mai, arboraient souvent des slogans vantant le pouvoir du peuple. En effet de cette place sont partis les cortèges de militants qui installaient les "ministres" du gouvernement bis de Jacques Sylla, le Premier ministre, dans leur fauteuil. On y a appris aussi à braver les couvre-feu et autre loi martiale décrétés par Didier Ratsiraka.
L'épuation
Ce sentiment de force collective, aiguisé par le pouvoir effectif de Marc Ravalomanana sur la capitale, révèle aujourd'hui ses travers. Les grévistes dans de nombreux services, regroupés en cellules engagent de nouveaux rapports de force avec les chefs de service présumés de l'autre bord: le ratsirakistes. Les "grévistes" réclament ni plus ni moins leur départ. S'arrogeant des pouvoirs discrétionnaires ils procèdent même à la nomination de chefs de service. La tactique de prise de pouvoir par Ravalomanana fait des émules. Une certaine confusion s'installe aussi dans les services et alimente un sentiment de méfiance des uns envers les autres. C'est pourquoi malgré le mot d'ordre de reprise du travail, seulement la moitié des fonctionnaires s'est effectivement rendue sur son lieu de travail. Et pour relancer concrètement la machine, le "gouvernement bis" de Jacques Sylla veut franchir une étape supplémentaire dans sa prise de pouvoir.

La légitimité revendiquée mais aussi contestée du pouvoir Ravalomanana, pousse ce dernier sur le chemin d'une reconnaissance qui dépasserait les limites de la province d'Antananarivo. Au blocus des gouverneurs de province qui ont renouvelé leur allégeance au président Didier Ratsiraka, le gouvernement de Jacques Sylla veut opposer la confiance qu'il demandera aux députés de l'Assemblée nationale, convoqués en session extraordinaire les 26 et 27 mars pour écouter son discours de politique générale. Le vote qui s'en suivra sera sans surprise, 60 députés sur les 150 que comptent l'Assemblée nationale malgache sont acquis à la mouvance Ravalomanana. Les 16 restants pour constituer la majorité absolue pourraient être facilement "achetés" selon une pratique locale bien connu des observateurs de la vie politique malgache.
DIDIER SAMSON
25/03/2002