Pierrot Rajaonarivelo discute l'opportunité des législatives anticipées, mais "ne se dérobera pas"L'Express de Madagascar 16.10.2002 De Paris, où il séjourne actuellement - "en attendant de rentrer prochainement au pays" -, le secrétaire national de l'Arema, Pierrot Rajaonarivelo, déclarait mardi, dans une correspondance faxée au journal, que son parti a l'intention de présenter des candidats à l'occasion des législatives du 15 décembre. M. Rajaonarivelo relève néanmoins que trois séries de considérations devront être prises en compte, même s'il n'en fait pas, a priori, un préalable à cette participation : des "impréparations administratives et matérielles" qui restent "dans des limites raisonnables", le respect des règles du jeu démocratiques par les tenants du pouvoir - "pour une campagne électorale digne de la sagesse malgache, faite de tolérance" -, et le respect par la communauté internationale de son engagement d'accompagner Madagascar dans le processus démocratique en cours, en particulier, le bon déroulement des élections. Un minimum de garanties, en quelque sorte, dans la mesure où il juge, personnellement, "inopportune" l'organisation de ces élections anticipées, essentiellement pour deux raisons : d'une part, le "traumatisme physique et psychologique" engendré par la crise post-électorale est loin d'être résorbé, et d'autre part, il craint que les préparatifs ne soient "bâclés" du fait de la précipitation. Pierrot Rajaonarivelo regrette notamment que le pouvoir ait choisi de faire l'impasse sur la "conférence nationale" - dont l'"urgente nécessité" semblait pourtant acquise, au temps fort de la crise -, plus particulièrement après la tenue, à quelques jours d'intervalle, de la réunion des chefs de partis au Palais d'Ambohitsorohitra, et des états généraux des partis politiques, qu'il considère comme autant de "signaux positifs" prometteurs. "Si le pouvoir persiste, je ne me déroberai pas". Le parti Arema s'engagera dans la bataille législative même si la date du 15 décembre est jugée plus que "inopportune" par son secrétaire national, Pierrot Rajaonarivelo. L'ancien vice-Premier ministre l'estime "prématurée, si l'on veut sincèrement mettre en place une représentation nationale reflétant le suffrage libre de tous nos concitoyens". Depuis Paris, Pierrot Rajaonarivelo émet les plus expresses réserves sur le bien fondé du choix gouvernemental. D'une part, "pour une grande partie des Malgaches, la sérénité nécessaire pour prendre part à des élections aussi importantes, n'est pas encore établie" et d'autre part" les préparatifs administratifs et matériels de ces élections seront réalisés à la va vite et il y a beaucoup de chances pour qu'ils soient bâclés". Le patron de l'Arema déclare qu'il relèvera néanmoins le défi -"j'ai conscience que malgré ces faits irréfutables, le Pouvoir peut s'entêter et organiser coûte que coûte les élections à la date qu'il a décidée- et invite tous les démocrates à faire face et à participer à "des élections que le pouvoir nous aura imposées". Il renvoie la balle au gouvernement et à la Communauté internationale et déclare que "nous présenterons des candidats dotés de projets de société et de programme si les impréparations administratives et matérielles, que je crains, reste dans des limites raisonnables, si les règles du jeu démocratiques sont respectées par les tenants du pouvoir, pour une campagne électorale digne de la sagesse malgache faite de tolérance et si la Communauté internationale s'en tient à son engagement d'accompagner Madagascar dans le processus démocratique en cours, et en particulier, le bon déroulement des élections". Pierrot Rajaonarivelo aura regretté que le pouvoir ne soit pas allé juqu'au bout de la logique de divers signaux "positifs" qu'il a pourtant émis, à savoir l'organisation d'une Conférence nationale ayant pour objet la réconciliation de tous les Malgaches avant les législatives. Parmi ces signaux qui n'auraient donc pas abouti, il cite la réunion des leaders politiques "convoqués par Marc Ravalomanana, président de la République", le 23 septembre suivie les 28 et 29, des Etats généraux des partis politiques. Le secrétaire national de l'Arema le regrette d'autant plus que, selon lui, les tenants actuels du pouvoir avaient eux-mêmes, "insisté et à juste titre" aux temps forts de la "crise" sur l'urgente nécessité de cette Conférence nationale. "un traumatisme" non résorbé Pierrot Rajaonarivelo estime qu'elle aura permis au pays de retrouver la sérénité qui donne à l'indispensable exercice électoral toute sa signification démocratique à nos propres yeux et à ceux de la communauté internationale. Pour l'ancien vice-Premier ministre, la Nation reste encore sous le choc de la douloureuse crise qui a suivi le premier tour de la présidentielle de décembre 2002 et souffre pour le moment d'un véritable "traumatisme" physique, psychologique et moral qui est loin d'être résorbé. Pierrot Rajaonarivelo jette un regard sans complaisance sur la gestion de la situation. "Les nombreux emprisonnements souvent arbitraires opérés jusqu'ici font manifestement problème. Il faut y ajouter la menace permanente d'arrestations que l'on fait planer plus ou moins subtilement sur tous ceux qui pensent autrement les affaires nationales, par rapport à ceux qui détiennent le pouvoir... Le président du Comité pour la Réconciliation nationale, (l'ancien président Albert Zafy. Ndlr) parce qu'il dénonce la manière peu orthodoxe avec laquelle le pouvoir gère ce qu'il appelle la "pacification" a été pris à partie et menacé clairement d'arrestation. Pour que cette sérénité nécessaire soit retrouvée, il eût fallu que la Conférence nationale ayant pour objet la Réconciliation de tous les Malgaches se tienne avant les législatives annoncées par le pouvoir". La machine électorale vient de s'ébranler, les promesses d'élections libres et transparentes qui constituent actuellement l'essentiel des discours officiels, commenceront à être jugées sur pièces. Recueillis par LR
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