RAVALOMANANA LANCE UNE BOMBE ÉCONOMIQUE : MADAGASCAR FUTUR "PARADIS D'INVESTISSEMENTS"L'Express de Madagascar 28.07.2003 C'est tout à la fois une révolution et une bombe économiques ! Le président Marc Ravalomanana, comme il l'avait laissé entendre la veille à la Réunion en déclarant qu'il allait annoncer samedi "la réalisation d'un troisième grand pas", a donc décidé hier à Antsirabe de faire de Madagascar, dans les deux ans, "un paradis pour les investissements", nationaux et étrangers. Pour cela, il a annoncé la détaxation totale de tous les produits d'équipement et biens de consommation", tout en protégeant l'industrie et la production locale (riz en particulier); la possibilité pour les étrangers, à certaines conditions quand même, de devenir propriétaires terriens, sauf dans l'agriculture et l'élevage; pour établir une véritable concurrence bancaire, la Banque centrale va même devenir une banque de dépôts ouverte au public, avec des taux attractifs... Un train de mesures exceptionnelles dont les bailleurs de fonds, et même les membres du gouvernement, n'étaient pas au courant ! Le président Ravalomanana a annoncé samedi à Antsirabe, une double révolution fiscale et foncière qui transformera Madagascar en nouveau paradis des investisseurs nationaux et étrangers. A partir de septembre, le chef de l'Etat veut faire atteindre à l'avion Madagascar, le point de "take off" (sic). La session budgétaire du mois fatidique, promet d'être chaude. A la base d'une accélération qui prendra deux ans a-t-il précisé, le président a lancé à Antsirabe, à la fois une révolution et une bombe économiques. La détaxation totale de l'importation des biens d'équipements et de consommation, la facilitation de l'accès des investisseurs étrangers à la propriété foncière et l'ouverture de la Banque centrale aux dépôts publics à travers le "Fanambina", pour un crédit plus accessible. "L'investisseur fait son choix là où il trouve les meilleures conditions. Il va les trouver à Madagascar". (lire page 16). Le président Ravalomanana avait annoncé la veille à La Réunion, un "troisième grand pas" dont les bases ont été énoncées à Antsirabe, à la surprise générale. "Je vais vous annoncer aujourd'hui qu'il y aura un changement fondamental pour l'investisseur national et international". Le chef de l'Etat a admis qu'il ne s'est pas encore concerté avec Radavidson Benjamin Andriamparany, ministre de l'Economie, des finances et du budget. Mais il lui signifie que le gap (sérieux) dans les recettes de l'Etat "c'est notre affaire". Le président a annoncé, à partir de septembre, "l'élimination de toutes les taxes" sur les biens d'équipement agricoles et industriels y compris l'électro-ménager jusqu' au matériel informatique et audio-visuel. "Zéro douanes, zero taxes d'importation, zéro coût pour les accises sur les biens d'équipements, zéro Tva". Une taxation de protection des produits nationaux sera néanmoins maintenue, notamment dans la filière rizicole ou les produits dérivés du lait et de l'huile. Répondant à d'éventuelles inquiétudes, il a précisé que le système sera expérimenté pendant deux ans mais qu'il va encore "s'expliquer avec le Fmi et les autres bailleurs de fonds". Le président estime que deux années sont nécessaires pour que Madagascar dispose des capacités pour monter un véritable tissu industriel. Il s'est déclaré fort de convaincre les bailleurs de fonds que si Madagascar formule ces exigences, c'est parce que "nous savons comment gérer ce pays". L'urgence d'un pays essentiellement agricole se situe, selon lui, au niveau des unités de transformation. Il a indiqué au ministre Mejamirado Razafimihary, les axes prioritaires de son département : la réhabilitation ou la rénovation du matériel de production et la création de nouvelles unités. "La concurrence va arriver ". Le Président a choisi Antsirabe, la deuxième ville industrielle du pays, pour lancer un appel fort aux investisseurs étrangers, précisant dans un discours expressément tenu en français, le nouveau cadrage économique qui sera en totale rupture avec le passé. Septembre fatidique La deuxième révolution aura été que les étrangers pourront désormais accéder à la propriété foncière. Mais le droit sera lié aux investissements et uniquement dans le domaine touristique, industriel ou immobilier. Sont exclus l'agriculture et l'élevage. Néanmoins, il reste à étudier et mettre en place le dispositif légal. Le président a d'ores et déjà prévenu que "spéculateurs et intermédiaires risqueront de perdre leur argent". Il faut du concret dans un délai de deux ans. La question foncière aura été pendant des décennies après l'indépendance, la principale pierre d'achoppement de l'investissement étranger à Madagascar. Le chef de l'Etat a reconnu que "l'investisseur veut la sécurité et ne veut pas perdre son investissement". Dans la même foulée, il a annoncé un traitement égalitaire des banques. "Le foncier ne sera plus la chasse gardée d'une banque. Toutes pourront acheter des terrains". Il a rappelé les éléments qui vont fonder l'environnement économique : "bonne gouvernance, efficacité de l'administration, pas de pots de vin". Il y a urgence en la demeure. Au nom du principe de confiance, le président Ravalomanana a interpellé les parlementaires. "Ne cherchez pas la petite bête avec tous ces amendements et les navettes, il vaut mieux se concerter avant". La loi des finances 2004 qui devra traduire les nouvelles dispositions, passera devant le Parlement le mois fatidique de septembre. La dernière innovation aura été la mise à contribution de la Banque centrale pour un crédit plus accessible. Le "Fanambina" sera alimenté par les reliquats ("ambiny" Trad.libre) de trésorerie des entreprises ou de personnes physiques. Le chef de l'Etat a donné l'exemple en annonçant un placement personnel de 77 millions, un chiffre fétiche, auprès de la Banque centrale. Cette dernière se chargera de calculer comment avec un taux "moins prohibitif" que celui des banques de dépôt, elle pourra injecter du crédit dans le monde rural. Les premiers signes du "take off" C'est d'ailleurs dans les campagnes que devront se matérialiser les premiers signes du "take off" à partir de septembre. "La production devra être doublée d'ici un an", a exigé le président. Un crédit d'engrais devrait être mis au point. "C'est un ordre". L'enregistrement des terres doit être simplifié et accéléré. Une trentaine de vietnamiens et japonais avec des experts de la Fao, seront opérationnels pour enseigner les méthodes nouvelles de riziculture. "Il n'est pas du tout normal que nous importons du riz". Après Marovoay, tous les greniers à riz devront être réveillés. Sahamangoky, Alaotra et le Vakinankaratra. Le message d'Antsirabe est clair. C'était celui de La Réunion. "Les premiers investisseurs qui profiteront des (premières) possibilités du changement seront les premiers gagnants. Vous allez gagner et Madagascar gagnera". Mamy Nohatrarivo |