DÉVELOPPEMENT RURAL-ANTANANARIVO : RELANCE D'UNE FILIÈRE CAFÉ ARABICAMadagascar Tribune 13.01.2003 Non moins buveurs de café, les Malgaches également le cultivent. Mais à une échelle qui n'en fait pas un produit respectable pour être exporté. Après une étude faite par le Comité National de Commercialisation du café (CNCC), en collaboration avec le Faritany d'Antananarivo et sur financement du STABEX-Union Européenne- sur trois régions des Hauts-Plateaux d'Antananarivo, dont Moron'Imania, Vakinankaratra et Itasy, cette dernière est déclarée la plus propice à la culture de ce produit. En effet, il suffit que le terrain soit volcanique bien sûr, et entre 800m et 1500m d'altitude. Cependant, une certaine fraîcheur et quelques ombrages parferaient l'environnement exigé. Où exactement ? Que ce soit le Robusta ou l'Arabica, ces deux espèces existent à Madagascar. Depuis presque deux siècles déjà. Le Robusta, surtout cultivé sur la côte Est, est ce que l'on appelle un produit de masse, un produit standard. Plusieurs autres pays l'exploitent à grande échelle et se vend à un prix allant de 1.500fmg à 2000fmg le kilo marchand. L'Arabica, quant à lui, peut se diviser en deux catégories: celle de masse, un peu comme le robusta et qui est voué à rester un produit de consommation. Ou l'Arabica d'origine, non greffée. Les Malgaches l'appellent "kafe zanatany", celle que le CNCC s'efforce de relancer dans la région d'Itasy, comme à Analavory et Ampefy, et même jusqu'au nord de Soavinandriana. Relance guidée Déjà sur terrain depuis un an et demi, le CNCC/STABEX-UE prodigue un encadrement technique auprès des paysans planteurs. Recensés au départ au nombre de 1.500, ils ne sont plus que 930 planteurs privés. Actuellement, seuls 439 sont classés "sérieux" et parties prenantes quant au projet. 187.000 pieds sur 28 hectares, l'année 2002 a pu récolter quelque 20 tonnes de café marchand. Et comme l'a prédit le président de la Délégation Spéciale d'Antananarivo, il se vend à 10.000 fmg le kilo. Les paysans sont divisés sur huit secteurs, chacun présentant une pédologie et un climat à quelques points variables et caractéristiques. Contraintes climatologiques surtout: le café est très sensible à la gelée matinale (fanala) et au soleil trop direct. La relance se base sur une idée précise: il ne s'agit pas de produire à grande échelle et chercher à égaler les grands exploiteurs. Il suffit que l'Arabica soit de très bonne qualité, donc un produit rare mais très recherché. Le "kafe zanatany" malagasy est de loin un produit spécifique en son genre, mais compte tenu de la dégradation de l'exploitation, les importateurs d'antan l'auraient détourné le dos. " Il est grand temps que la province se prenne en main et redevienne "la perle rare" de l'Océan Indien, déclare le PDS Ferdinand Razakarimanana, sinon de l'Afrique ." D'ailleurs, le Commissaire Général du Développement Rural, Pierre Manganirina Andrianarisoa a souligné que "Antananarivo présente tous les atouts requis pour devenir un grand fournisseur de produits agricoles et artisanaux, d'exportation ou non. A nous de démontrer ce que l'on peut faire et de faire valoir nos richesses. Evidemment, les agriculteurs-artisans seront les premiers bénéficiaires. Le Faritany est en train de "creuser" sur quatre projets qui s'avèrent des plus fructueux d'ici quelques mois seulement." Aussi, certains ingénieurs agronomes du Faritany suivent un stage sur ce plan. Car la diversification des produits est la base d'un développement bien géré. Le Fokonolona avant tout Sur subvention de la cellule d'appui, le pied se vend à 500 fmg. Cinq pépiniéristes privés, sous contrat, ont liquidé tous les 12.600 pieds en leur possession. Huit mois en pépinière, et le café atteint 20cm à 40cm, prêt à être livré. Il se plante entre le mois de novembre et le 15 janvier; se récolte à partir du mois de mai-juin. Cet homme de 73 ans, encore robuste- neuf enfants et une trentaine de petits-enfants- récolte depuis 10 ans, 100 kg de café sur ses 80 pieds. 400 kg sont vendus sur le marché à 3.000/4.000 fmg et le reste pour consommation du foyer. Actuellement, il vient de planter 62 autres pieds suivant l'encadrement du CNCC. "Je pense recevoir une somme assez conséquente à partir de ce produit. Je suis paysan de père en fils, notre région est d'autant plus agricole que travailleur. J'espère récolter du bon arabica, les petits entretiens dont ils exigent ne me font pas reculer. On ne fait rien sans rien faire." Le Faritany, qui travaille sur la base du fokonolona, du moins sur un groupement de paysans, entend non seulement réinstaurer l'esprit du fihavanana et du valin-tànana typiquement régional, mais aussi et surtout sur la force que représente une entité bien organisée et bien engagée sur un même but: le développement régional. "Car quiconque tend à un objectif ne peut faire cavalier seul sans son entourage", dixit M. Manganirina. Volana |